lundi 19 juin 2017

Fauche-t-on le blé quand il est encore vert ?


Je le revois et je le reverrai longtemps encore, cet élève-là. Il était de ceux qu'on remarque, dans les couloirs d'un collège. Il était grand, déjà, pour son âge. La musculature d'un jeune coq et la tignasse d'un ado rebelle. Une sorte de Romain Duris dans Le Péril Jeune, jeune effronté, diablement intelligent et terriblement attachant. Il était en quête de reconnaissance, auprès des autres enfants, auprès des adultes. Il voulait qu'on le remarque, pas toujours de la meilleure façon. Il relevait parfois une jambe de son jogging comme dans les clips de rap et jouait aussi de son autorité naturelle en petit chef. Mais son charme agissait.

Faut-il expliquer pourquoi on s'attache à certains élèves ?

Je l'avais eu en classe, quelques heures, pour des projets, pour de l'aide personnalisée. Il était réputé difficile. J'avais un bon contact avec lui. Je me suis souvenue immédiatement de son nom, parce que j'avais eu sa soeur, il y a quelques années. Une gamine timide et révoltée, écorchée vive, elle aussi. J'avais pris l'habitude de l'appeler Monsieur et je continuais, quand je le croisais dans les couloirs. Il me manquera.

Fauche-t-on le blé quand il est encore vert ? Pourquoi faut-il que la mort condamne un enfant si beau, qui avait à peine commencé de vivre ?

Aujourd'hui, je pense à sa mère et à son père, à sa soeur, à l'ordre des choses qui est bouleversé, aux parents qui jamais ne devraient avoir à mettre en terre leurs enfants...

Je leur adresse mes condoléances sincères et toutes mes pensées.

Yanis a laissé des souvenirs forts à beaucoup d'entre nous, au collège. Nous ne l'oublierons pas.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Les commentaires sont modérés pour les billets de plus de deux jours.